Le groupe espagnol Saica a inauguré fin octobre sa nouvelle usine de carton ondulé Saica Pack à Sant Esteve Sesrovires, dans l’aire métropolitaine de Barcelone. Plus de 100 millions d’euros investis, 200 millions de mètres carrés de capacité annuelle annoncée et deux anciens sites regroupés en un seul : ce chantier dit beaucoup de la manière dont les grands transformateurs d’emballage réorganisent aujourd’hui leur outil industriel.
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Ce que Saica a réellement annoncé #
Selon le communiqué officiel du groupe, publié le 27 octobre, l’usine fonctionne désormais « à plein régime », trois ans après la pose de la première pierre. Elle est implantée dans la zone industrielle de Can Margarit et reprend les activités qui étaient jusque-là réparties entre Saica Pack Barcelona et Saica Pack El Prat.
Le groupe la présente comme l’une des usines de carton ondulé les plus avancées d’Europe. Elle intègre des équipements d’impression flexographique et offset, et elle a été pensée pour suivre la croissance des clients sur ce que Saica décrit comme le principal marché national de l’emballage en Espagne.
Le média économique Demócrata, qui a relayé la mise en service le 28 octobre, confirme l’ordre de grandeur de l’investissement, supérieur à 100 millions d’euros, et le fait que le nouveau site remplace les deux usines de Barcelone et d’El Prat de Llobregat.
Regrouper deux usines en une : la logique industrielle #
Le premier enseignement de ce projet tient à la concentration. Plutôt que de moderniser deux sites anciens, Saica a choisi de tout rassembler sur une implantation neuve. Le groupe met en avant un double gain : une meilleure efficacité logistique et moins de déplacements par la route entre sites.
Pour un fabricant d’emballages, cette logique est familière. Chaque transfert de bobines, de plaques ou de produits finis entre deux bâtiments coûte du temps, du carburant et de la manutention. Une ligne unique, du carton ondulé à l’impression puis à la découpe, réduit ces ruptures de flux. C’est le même raisonnement qui pousse de nombreux ateliers de sacherie à rapprocher l’extrusion, le tissage, l’impression et la confection plutôt que de les laisser dispersés.
L’impression intégrée au cœur de l’usine
Le choix de doter le site à la fois de la flexographie et de l’offset n’est pas anodin. La flexographie reste le procédé de référence pour imprimer de grands volumes sur des supports d’emballage, qu’il s’agisse de carton, de film ou de tissu polypropylène laminé. L’offset permet des rendus plus fins, recherchés pour les emballages destinés à la vente en rayon. Disposer des deux sous un même toit permet de servir des clients aux attentes très différentes sans sous-traiter une partie de la décoration.
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Des boucles de recyclage et d’eau gérées sur place #
Le communiqué de Saica insiste sur le volet environnemental, présenté comme l’un des piliers du projet. Deux mesures concrètes sont décrites :
D’abord, les résidus de papier produits pendant la fabrication seront renvoyés vers les usines de Saica Paper pour être transformés en nouveau papier. Le groupe, qui produit à la fois du papier recyclé et des emballages, boucle ainsi la chaîne en interne : la chute d’une usine devient la matière première d’une autre.
Ensuite, l’eau utilisée dans les procédés sera traitée directement sur le site. Pour une usine d’emballage, la gestion de l’eau industrielle n’est plus un simple détail technique : c’est aussi un sujet d’acceptabilité locale.
Ce que les fabricants de sacs peuvent en retenir
Le carton ondulé et les sacs tissés en polypropylène ne répondent pas aux mêmes usages, mais les transformateurs font face aux mêmes questions. Que faire des chutes de production ? Comment réduire la consommation d’eau et d’énergie des lignes d’impression et de lavage ? Comment justifier auprès des clients et des pouvoirs publics que l’emballage s’inscrit dans l’économie circulaire ?
La réponse de Saica repose sur l’intégration verticale : posséder à la fois les papeteries et les usines de transformation permet de réinjecter ses propres déchets. Pour un atelier de sacherie, l’équivalent consiste à rebroyer les lisières et les chutes de tissage pour les réintroduire dans l’extrusion des bandelettes, quand la qualité de la résine le permet.
Le discours des élus et de la direction #
Lors de l’inauguration, la maire de Sant Esteve Sesrovires, Roser Brosed, a salué un investissement qui, selon elle, confirme que la commune est « fiable, bien desservie et compétitive, capable d’attirer des projets industriels à forte valeur ajoutée ». Elle a aussi relié l’arrivée de l’usine aux objectifs européens en matière d’économie circulaire.
Susana Alejandro, présidente et directrice générale du groupe Saica, a de son côté expliqué que cet investissement reflète la volonté de l’entreprise d’« être plus proches de nos clients, stimuler l’innovation et améliorer en permanence notre efficacité ». Elle a qualifié Barcelone de territoire stratégique pour le groupe.
Un signal pour le marché de l’emballage en Europe #
Au-delà du cas catalan, ce projet illustre une tendance de fond : les groupes d’emballage investissent moins dans l’extension de sites anciens que dans des usines neuves, plus grandes et plus automatisées, capables de regrouper plusieurs activités. Le pari est double. Il s’agit de produire davantage avec moins de transport et moins de pertes, et de pouvoir démontrer des pratiques de recyclage et de gestion de l’eau vérifiables.
Pour les fabricants de machines et les transformateurs plus modestes, la leçon est surtout organisationnelle. La performance d’une usine d’emballage ne tient plus seulement à la vitesse de ses lignes, mais à la manière dont elle enchaîne les étapes, valorise ses chutes et maîtrise ses ressources. C’est sur ces points que les acheteurs, de plus en plus attentifs à l’empreinte de leurs emballages, risquent de comparer leurs fournisseurs dans les années qui viennent.




